La croyance
des prédécesseurs - as-Salaf
et des successeurs - al-Khalaf


La croyance en l'unicité de Allah dans Son acte

On rapporte de Al-Jounayd, l'Imam des soufis connaisseurs, lorsqu'il a été interrogé sur la croyance en l'unicité, qu'il a dit: «Al-yaqin». Puis lorsqu'il lui fut demandé des explications sur sa signification, il répondit: «Qu'il n'est de créateur pour la moindre chose, qu'elle soit substance ou acte, hormis Allah ta^ala». Allah ta^ala dit:

﴿وَاللهُ خَلَقَكُمْ وَمَا تَعْمَلُونَ﴾ 1

(wa l-Lahou khalaqakoum wa ma ta^maloun)

ce qui signifie: «Et Allah vous crée ainsi que vos actes».
Le Messager a dit:

(إِنَّ اللهَ صَانِعُ كُلِّ صَانِعٍ وَصَنْعَتِهِ)

('inna l-Laha sani^ou koulli sani^in wa san^atih)

[rapporté par Al-Hakim, Al-Bayhaqiyy et Ibnou Hibban du hadith de Houdhayfah] ce qui signifie: «Certes, Allah est le créateur de l'esclave et de ce qu'il fait».

Les esclaves ne créent rien de leurs actes, mais ils les acquièrent. Allah ta^ala dit:

2 ﴿اللهُ خَالِقُ كُلِّ شَىْءٍ﴾

(Allahou khaliqou koulli chay')

ce qui signifie: «Allah est le Créateur de toute chose». Allah S'est fait Sa propre éloge par cette 'ayah car cela Lui est spécifique; et ceci englobe l'ensemble des substances, des actes, des mouvements et des immobilités.
Allahta^aladit:

3 ﴿قُلْ إِنَّ صَلاَتِي وَنُسُكِي وَمَحْيَايَ وَمَمَاتِي للهِ رَبِّ الْعَالَمِين﴾

(qoul 'inna salati wa nouçouki wa mahyaya wa mamati li l-Lahi rabbi l-^alamin)

ce qui signifie: «Dis: mes prières, mes sacrifices rituels, ma vie et ma mort appartiennent à Allah le Seigneur des mondes».
Allah évoque la prière, les sacrifices par recherche de Son agrément, la vie et la mort dans un seul et même contexte et nous a appris qu'ils Lui appartiennent. Tout comme Allah est le créateur de la vie et de la mort Il est aussi le créateur des actes volontaires comme la prière et les sacrifices rituels et des actes involontaires à plus forte raison.
Toutefois, les actes faits volontairement, c'est-à-dire ceux pour lesquels nous avons un penchant, sont caractérisés par le fait qu'ils sont acquis pour nous; ils sont donc concernés par notre responsabilité 4 .
L'acquisition (al-kasb), qui est l'œuvre de l'esclave et selon laquelle l'esclave sera récompensé ou châtié dans l'au-delà, c'est l'orientation de l'esclave de son intention et de sa volonté vers l'acte, c'est-à-dire qu'il y oriente sa puissance et c'est Allah Qui le crée à cet instant-là 5 .
Ainsi, l'esclave acquiert son œuvre et Allah ta^ala est le créateur de l'œuvre de cet esclave, laquelle constitue son acquis. Ceci est une des questions les moins abordables de cette science. Allah ta^ala dit :

6 ﴿لهَاَ مَا كَسَبَتْ وَعَلَيْهَا مَا اكْتَسَبَتْ﴾

(laha ma kaçabat wa ^alayha ma ktaçabat)

ce qui signifie: «La personne a en sa faveur le bien qu'elle aura acquis et contre elle le mal qu'elle aura acquis».
L'homme n'est donc pas contraint car être contraint contredit la responsabilité7 . C'est cela la voie des gens de la vérité, qui est en dehors de celle des jabriyyah et celle des qadariyyah8 .
Devient mécréant celui qui dit que l'esclave crée ses actes, comme les mou^tazilah, tout comme l'a dit Ibnou ^Abbas, que Allah l'agrée: «Les paroles des qadariyyah sont de la mécréance», et les qadariyyah sont les mou^tazilah.
Abou Youçouf 9 a dit: «Les mou^tazilah sont zanadiqah»10 .
Abou Mansour At-Tamimiyy les a décrits dans son livre Al-Farqou Bayna l-Firaq comme étant mouchrikoun. Il est à savoir que Abou Mansour est celui à propos duquel Ibnou Hajar Al-Haytamiyy a dit cette parole: «Et le grand Imam, l'Imam de nos compagnons Abou Mansour Al-Baghdadiyy a dit[...]». D'autre part, il est de ceux auprès de qui Al-Bayhaqiyy a pris les hadith.
Ne sois pas abusé par l'absence de déclaration de mécréance à leur encontre de certainssavants qui sont après. Le maître Abou Mansour At-Tamimiyy a rapporté des Imams, dans son livre 'Ousoulou d-Din et aussi dans son livre Tafsirou l-'Asma'i wa s-Sifat, qu'ils les ont déclarés mécréants.
L'Imam Al-Baghdadiyy a dit dans son livre Tafsirou l l-'Asma'i wa s-Sifat11 : «Nos compagnons ont été unanimes à juger mécréants les mou^tazilah», c'est-à-dire ceux qui disent: (l'esclave crée les actes qu'il fait de son propre choix), et de même ceux qui disent: (il est un devoir pour Allah de faire ce qui est le mieux pour les esclaves).
Lorsqu'il dit: «nos compagnons», cela signifie les 'ach^ariyy et les chafi^iyy car il était 'ach^ariyy et chafi^iyy. Plus encore, il était parmi les plus grands chafi^iyy, comme l'a dit Ibnou Hajar qui est un Imam de très haut rang dans la transmission, connu pour cela chez les savants du fiqh ainsi que les spécialistes des fondements et les historiens qui ont écrit au sujet des groupes déviants. Celui qui veut s'en assurer davantage encore, qu'il lise ces livres. On ne réfute pas ce que Al-Baghdadiyy rapporte par les propos de Al-Bajouriyy ou par ceux de ses semblables, qu'ils soient antérieurs à son époque ou ultérieurs.
Quant aux paroles de certains précurseurs des mou^tazilah, qui n'ont pas été déclarés mécréants, elles sont expliquées de manière similaire à la parole de Bichr Al-Mariciyy et de Al-Ma'moun Al-^Abbaciyy. Bichr était d'accord avec eux sur leur parole: (le Qour'an est créé) 12 et il les a jugés mécréants pour leur parole concernant la création par l'homme de ses actes. Ainsi, on ne juge pas tous ceux qui se réclament des 'i^tizal (doctrine des mou^tazilah) du même jugement mais chaque individu d'entre eux est jugé égaré.
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1-[sourat As-Saffat /96]
2 [sourat Ar-Ra^d /16]
3 [sourat Al-'An^am /162]
4 C'est à dire que ce sont les actes au sujet desquels l'esclave sera interrogé pour les avoir faits. Pour ce qui en est comme actes de bien, il en sera récompensé et pour ce qui en est comme actes de mal il en sera affligé.
5 Les actes involontaires ne sont pas sujets à notre responsabilité mais nous serons interrogés sur nos actes volontaires. Quant aux malheurs qui touchent le croyant tels que les maladies et autre comme le décés d'une proche, nous en sommes récompensés; c'est par eux que les péchés sont pardonnés et les dégrés augmentés. La maladie en elle-même n'est pas un acte volontaire mais c'est la patience qui en fait partie.
6 [sourat Al-Baqarah /286]
7 Cela signifie qu'il n'est pas sans choix car s'il était ainsi, c'est-à-dire contraint, il ne serait pas responsable.
8 Les jabriyyah disent l'homme est contraint tout comme la plume suspendue en l'air et les qadariyyah disent que l'homme crée ses propres actes. Quant aux gens de 'Ahli s-Sounnah, ils ne sont ni de ceux-là ni de ces autres, ils sont au juste milieu entre les deux.
9 Abou Youçouf était un compagnon de Abou Hanifah et celui qui avait le plus de science parmi ses élèves. Il était juge à l'époque de Haroun Ar-Rachid.
10 Le zindiq est celui qui n'a pas de religion et qui dit: nous mangeons, nous buvons et nous vivons. Les mou^tazilah sont donc semblables à eux (zanadiqah est le pluriel de zindiq)
11 Ce livre est très rare. Il en existe deux ou trois copies manuscrites dans certaines bibliothèques.
12 Al-Ma'moun Al-^Abbaciyy n'avait pas été déclaré mécréant car il ne comprenait pas de ce propos que la parole de Allah qui est Son attribut serait créé. En effet, s'ils avaient su ça de lui, ils l'auraient déclaré mécréant.